+
+Il faut que je retienne cet instant. Il faut qu'il dure encore un peu pour qu'il s'imprime dans ma mémoire. Le moment où il a cessé d'être l'homme que j'aime et qui me torture pour devenir simplement un homme, un camarade, pas encore un ami. Mesurer le temps que ça m'a pris pour que j'arrive à ce résultat. Savourer ce moment où je me détache de lui. En faire une étape. Penser à ce moment précis me donnera des forces, pour plus tard, quand j'hésiterai, douterai, me découragerai. Il fallait qu'ils parlent encore un peu pour que cet instant se remplisse, devienne réel et marque un tournant dans sa vie. Une borne sur sa route. Grâce à ce moment là, je serai plus forte et je pourrai continuer à avancer en sachant qu'il y a un sens, que toute la douleur que j'ai accumulée depuis qu'il est parti s'est transformée en un pas en avant, une invisible progression. Je ne suis plus la même, j'ai changé, j'ai grandi, j'ai souffert mais cela n'a pas été vain.
Les yeux jaunes des crocodiles. Katherine Paneol.
" Without you, today's emotions would be the scurf of yesterday's. "
Il y a cette routine, ces mêmes gestes, qui se répètent jours après jours. Ces mêmes personnes que l'ont côtoient, que l'on a appris à connaître, à aimer. Toujours ces mêmes horaires, ce même emploi du temps. Toujours cette même solitude qui me brise quand je rentre. L'impression de n'être plus rien, pour personne. Se sentir vide, au point d'en être mal. Cette solitude qui entraîne et enfonce, qui m'effraie, qui me détruit. Cette solitude qui oppresse, qui me fait détester cette routine.
Alors j'attends, désespérément quelque chose, quelqu'un qui me sortirai de là. Qui m'aiderai juste à me sentir de nouveau vivante.
Quelqu'un qui comblerai ce trou dans mon coeur. Cet espace vide, qui ne fait que s'étendre jours, après jours.Quelqu'un Juste, quelqu'un.